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JOURNEE COMMEMORATIVE DE LA LUTTE CONTRE L’ESCLAVAGE DU 10 MAI 2008
Quatre siècles de déportation ininterrompue de plusieurs millions d’individus.
Pour la troisième année consécutive, notre pays commémore la mémoire de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions.
Des hommes, des femmes, et n’oublions pas les enfants, de toutes les contrées d’Afrique, ont été arrachés à leurs terres, à leurs vies.
Enchaînés et entassés dans la cale des bateaux, alignés sur le côté droit pour prendre le minimum de place, les conditions de leur traversée étaient épouvantables, au-delà de l’inhumain.
On les aspergeait d’eau pour les laver et à l’arrivée on leur donnait une bouillie infâme pour qu’ils paraissent à peu près en bonne santé. Les décès étaient de l’ordinaire et pouvaient être organisés s’ils étaient nécessaires à la réussite du voyage.
Le commerce triangulaire consistait à troquer des êtres humains d’Afrique, à les transformer en bêtes asservies, à les envoyer aux Amériques travailler, créer et faire fructifier des richesses qu’on revendait ensuite en Europe.
Ce sucre qui vous semble si doux est à l’origine de la traite négrière.
Cela a duré 400 ans !
L’Europe s’est enrichie de ce commerce, nous pouvons même dire que la société industrielle s’est forgée à partir de l’esclavage et de la traite négrière. La France, elle aussi, a saisi sa part de bénéfice.
Qu’elle commémore, aujourd’hui, cette déviance du sens de l’existence de l’humanité et que la malédiction qui était supposée peser sur les enfants de Cham se retourne contre leurs maîtres.
En mettant à bas les dogmes religieux, c’est la République laïque qui rassemble ses enfants en son sein.
Ne revenons plus sur les souffrances et les inhumanités subies outre-mer, au pays des droits de l’homme, car quoi que l’on dise, les hommes des Lumières furent bien absents et certains ont su tirer profit de cette manne.
Ne revenons plus sur les rafles d’esclaves sur tout le continent Africain, ni sur ces 400 ans de résistance de ces femmes et de ces hommes, face au pire, face à la déshumanisation, face à la violence, face à l’injustice, face à la cruauté, face à l’aliénation, face à l’acculturation, face à l’oubli, face aux mensonges, face au mépris, ni face à l’ignominie du Code Noir créé par Colbert !
Non !
Soyons solidaires de notre République qui aujourd’hui doit porter à la lumière ce travail que nos parents, frères, soeurs et amis les plus éclairés, ont fait depuis tant d’années dans l’ombre de nos salons ou aux coins de nos rues pour que ces quatre siècles de notre histoire ne finissent pas aux oubliettes. Que personne ne puisse se vanter, demain, du rôle positif de la colonisation et peut-être de la traite négrière.
Plaçons nos espoirs dans la jeunesse ici présente notamment avec le Conseil Communal des Jeunes.
Plaçons nos espoirs dans nos artistes dont le savoir-faire millénaire a su transcender des siècles de musellement pour renaître en Amérique, au Brésil, à la Réunion, à Haïti, en Martinique ou en Guyane.
Plaçons nos espoirs dans les citoyens qui font la France d’aujourd’hui, dans sa diversité et qui ont décidé d’être présents aujourd’hui et un peu partout dans le pays en ce moment même, conscients que l’esclavage et la traite négrière ne sont pas l’affaire d’une communauté mais l’affaire d’une Nation.
Je le disais tout à l’heure, les hommes et les femmes noirs qui peuplent aujourd’hui les Amériques du Nord et du Sud sont les descendants de l’Afrique. Leur histoire commence bien avant la cale du négrier ou les champs de canne.
Ecoutons dire feu Aimé Césaire, à propos du continent mère :
« En découvrant l’Afrique, je me découvrais moi-même et à travers l’Afrique, je découvrais la Martinique ».
Qu’Africains et Antillais se retrouvent aujourd’hui pour se souvenir ensemble du drame historique, vécu d’un côté et de l’autre de l’Atlantique et dont les fils noués donnent une quintessence à cette commémoration.
Si certains antillais considèrent, à tort, que la déportation aux Amériques constitue le point de départ de notre histoire, la présence symbolique à nos côtés de Monsieur Gaspard YEMEY est là pour nous dire le contraire.
Elle nous rappelle que le continent Africain est avant tout le premier perdant de ce commerce odieux, pillé de ses forces vives, il a toujours tenu un rôle subalterne dans ce commerce international, les germes plantés dans son sol ont conduit ses enfants à être aujourd’hui des esclaves obligés, des sans-papiers, des sans-origine, des sans-terre.
En prenant des libertés avec des coutumes ancestrales, bien loin du commerce triangulaire, on met l’accent sur une prétendue responsabilité de l’Afrique dans ce négoce.
Pour nos ancêtres qui ont du attendre 400 ans pour que soient brisées leurs chaînes, pour les « neg’marrons » qui ont fui l’indignité bien souvent au péril de leur vie et ont fait perdurer la culture des ancêtres et le goût de la liberté, nous remercions la municipalité de Colombes d’avoir porté une gerbe symbolique à leur mémoire.
Tous n’étaient pas du côté des bourreaux, des voix se sont élevées, si des Delgrès ont pris leur part dans la libération, n’oublions pas celles des Scheolcher.
Merci encore à vous tous d’être venus ce jour du 10 mai, Africains, Antillais, Européens, commémorer la mémoire de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions.
Que l’histoire nous serve de leçon et de marchepied pour élever la conscience de l’Homme et le guider dans sa quête de paix et d’harmonie.


