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l’Oréal dans le collimateur de Nestlé

10 avril 2008 | Fédé Serge Setterahmane

Après le rachat des petits pots Gerber de Novartis par Nestlé en 2007, les deux géants suisses poursuivent leur échange de portefeuilles. Ils ont annoncé, lundi 7 avril, une opération gigantesque : l’acquisition par le laboratoire pharmaceutique d’Alcon, de la filiale ophtalmologie du groupe agroalimentaire, pour 39 milliards de dollars (24,75 milliards d’euros Ce rachat a aussitôt relancé les spéculations sur l’avenir de L’Oréal dont le siege sociale est à Clichy La Garenne, qui a gagné plus de 2 % à la Bourse de Paris. On prête à Nestlé, qui détient déjà 28,22 % du groupe de cosmétiques, l’intention d’en prendre le contrôle. La vente d’Alcon réduit pour l’instant un endettement passé de 6 à 12 milliards d’euros après notamment de l’acquisition de Gerber. Cette vente permettra en outre, selon Nestlé, de "saisir des opportunités dans la nutrition, la santé et le bien-être". Le groupe a précisé lundi que, concernant L’Oréal, rien n’était prévu avant 2009, date à laquelle juridiquement il peut modifier sa participation.

Y aura-t-il désengagement ou montée au capital ? Peter Brabeck-Letmathe, le PDG de Nestlé qui quitte ses fonctions opérationnelles cette semaine sur une opération spectaculaire, se donne du temps pour réfléchir, cette fois en tant que président du conseil d’administration. En 2007, il avait indiqué qu’Alcon n’était pas un actif stratégique pour son groupe, qui se recentre sur l’alimentation. Il n’avait pas été aussi catégorique sur L’Oréal. Les deux groupes ont en effet créé, en 2004 une société commune, les Laboratoires Innéov, qui commercialisent des compléments alimentaires à visée cosmétique. Un nouveau créneau, appelé nutricosmétique, sur lequel Danone s’est aussi positionné avec ses yaourts Essentis.

Pour Novartis, la prise de contrôle d’Alcon aura lieu en deux temps. En 2008, Nestlé cédera 25 % du capital pour 11 milliards de dollars (7 milliards d’euros). Entre janvier 2010 et juillet 2011, Novartis aura le droit d’acheter les 52 % restants pour 28 milliards de dollars.

AU CREUX D’UN CYCLE

Le prix élevé de l’opération tient sans doute au fait, comme l’affirme Novartis, que " Alcon est dans son domaine, la société la plus importante et la plus profitable au monde avec un chiffre d’affaires de 5,6 milliards de dollars et un résultat d’exploitation de 1,9 milliard". Alcon est en fait une société américaine qui propose une gamme de produits chirurgicaux et de soins grand public, tous ciblés sur le traitement de maladies oculaires.

Novartis qui était présent dans les soins ophtalmologiques à travers Visudyne et Lucentis (dégénérescence maculaire liée à l’âge, DMLA) et CIBA Vision (lentilles de contact) devient ainsi le numéro un mondial d’un secteur en forte croissance, notamment en Asie.

La prise de contrôle d’Alcon est le parfait reflet de la stratégie développée par Daniel Vasella, PDG de Novartis, depuis quelques années : " limiter les risques inhérents à son portefeuille", comme le dit le communiqué.

L’industrie pharmaceutique est en effet aujourd’hui au creux d’un cycle. La demande de sécurité dans les pays développés incite les agences sanitaires à multiplier les barrières avant de laisser de nouveaux médicaments accéder au marché. Parallèlement, les laboratoires peinent à aboutir à des produits innovants.

Cette double crise a poussé Novartis à se diversifier sur des segments du secteur santé à forte croissance et moins contraints en termes réglementaires comme les génériques ou les vaccins.

En devenant un leader de l’ophtalmologie, Novartis choisit également un secteur où le consommateur accepte d’acheter des produits souvent non remboursés (ceux pour lentilles de contact notamment). La pression qu’exercent les assureurs santé sur les prix des produits ophtalmologiques est également moins forte.

Le marché des produits ophtalmologiques se limite aujourd’hui à environ 20 milliards d’euros, mais il est en forte croissance du fait du vieillissement de la population et de la montée en puissance de maladies comme le glaucome ou la DMLA. Alcon et la division ophtalmologique de Novartis ont connu en 2007 une croissance à deux chiffres qui ne devrait pas se réduire au cours des prochaines années.

merci à Alain Douet pour sa réactivité.

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