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Cercle de Clichy-Levallois

Un dimanche au Bourget avec François Hollande (par Bertrand Delanoe)

23 janvier 2012 | Fédé Serge Setterahmane

Ce dimanche 22 janvier restera un moment de l’histoire de la gauche et de la France. Un homme s’est avancé vers un peuple, il s’est révélé à lui, avec élan, avec pudeur, avec sincérité. C’était une étape dans notre vie démocratique, un de ces temps partagés qui permettent à la volonté de victoire de se muer en dynamique collective, et au changement de s’imposer comme une vraie chance, comme une possibilité à saisir, maintenant. Ce moment singulier, je le définirai en trois mots : authenticité, profondeur, puissance. L’authenticité, c’est celle d’un homme, François Hollande. Il est apparu tel qu’il est : simple, direct, indifférent aux ors du pouvoir mais animé par le désir de changer la vie des gens. Il émanait de lui une impression de grande dignité. Et la forme, comme disait Victor Hugo, « c’est le fond qui affleure » : par son langage, par son élégance de comportement, par son ton offensif sans jamais être agressif, notre candidat a d’ores et déjà dessiné le personnage du président qu’il sera, à rebours de la conception du pouvoir qui, depuis trop longtemps, abîme la République. Si François Hollande accède aux plus hautes responsabilités, il les exercera avec sobriété, avec humanité, et avec l’intérêt général pour seule boussole. La profondeur, c’est celle de l’Histoire. Enfin, hier, nous avons renoué le lien. Le récit des indignations et des espoirs des forces populaires, c’est le fond même de notre mémoire, de notre conscience. Ce récit, qui court de la nuit du 4 août aux Trois glorieuses, du Front populaire à la Libération, de mai 1981 à juin 1997, nous en avions perdu le fil. Eh bien, depuis hier, nous l’avons retrouvé. C’est celui d’un rêve qui se donne les moyens de résister au réveil, et de s’incarner, et de durer, dans la réalité quotidienne de la vie telle qu’elle est. François Hollande, hier, au Bourget, parlait devant les vivants et les morts. Il était animé de la conviction visible que le destin d’un grand pays, dont les siècles ont façonné le caractère, ne se force pas, mais qu’il se crée, chaque jour. Nous avons retrouvé ce dimanche une certaine noblesse de la politique, fondée sur la volonté : il n’y a pas de fatalité, il n’y a pas de place pour la résignation, tout est affaire de choix, de décision, en un mot de courage. La puissance, c’est celle de l’Etat. Oui, hier, nous avons entendu, par la voix du candidat des socialistes, l’annonce du retour de l’Etat, c’est-à-dire du bien commun, de la puissance publique. Après cinq ans de compétition des individualismes, d’exubérance des égoïsmes, de sacralisation du profit, voici, enfin, revenir la République, protectrice, redistributrice, et, quand il le faut, interventionniste. Un Etat stratège, qui soutient l’initiative, qui garantit la paix civile, qui se donne les moyens de sa propre neutralité. Un Etat modeste et puissant, qui ne montre ni arrogance ni complaisance, et qui redonne confiance dans le destin collectif. Voilà pourquoi se dessinait, ce dimanche la promesse du vrai changement : celui que pourra apporter réellement, dans la vie de chacun, une République présidée dans un autre esprit. Les Français savent désormais que ce Président là, s’ils le choisissent, se donnera l’énergie de faire ce qu’il dit. Il encadrera les loyers, il abolira l’inégalité salariale entre les femmes et les hommes, il réduira la part du nucléaire dans notre production d’énergie… Il changera la vie dans la mesure où c’est possible : dans cette seule mesure, mais dans toute cette mesure. Ce dimanche, au Bourget, me revenait ce mot de François Mitterrand en 1981 : « Des millions d’hommes sur la terre savent maintenant que la France est prête à leur parler le langage qu’ils ont appris à aimer d’elle. »

Bertrand Delanoë

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